Intuition de Sainte Julienne

dimanche 10 décembre 2006
par  Bruno VERMEIRE
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 L’intuition fondamentale

Son intuition fondamentale est qu’il faut reconnaître et entourer d’honneur la PRESENCE DU CHRIST dans l’hostie, aussi longtemps que subsistait le signe sacramentel et pas seulement au cours de la messe, après la consécration, ou lors d’une communion en viatique.

C’est le CHRIST EN PERSONNE qui réside parmi nous et pas uniquement son corps ou son sang.

A une étape de l’évolution de la foi où le pain consacré était encore considéré comme une relique, le seul moyen d’orienter les esprits était de montrer que tous les autres éléments de la foi étaient impliqués dans cette reconnaissance de la PRÉSENCE personnelle du Christ : incarnation, rédemption, conduite chrétienne, corps mystique et récompense céleste (divinisation).

L’office composé par Julienne aidé de Jean veut nous présenter la dévotion aux espèces eucharistiques conservées après la messe comme un corollaire de l’ensemble des dogmes : Paternité divine, Incarnation, Rédemption, Corps mystique, Salut éternel, Présence réelle en dépendance de l’Eglise.

 L’office

Pour l’office, la communion sacramentelle constitue une fin en soi. C’est intégralement que le Christ, aliment des âmes s’offre à nous.

"C’est intégralement que le Christ s’offre à nous sous la forme d’un repas, si bien qu’il répare nos forces grâce à son humanité, quand nous l’absorbons par la bouche, comme il nous restaure selon sa divinité quand nous le goûtons par le coeur".


(1res V, a3)

Il nous fusionne avec son corps mystique.

"Nous mangeons véritablement le Christ avec notre bouche corporelle chaque fois que nous prenons part au sacrement visible qui nous fait entrer dans son corps mystique".


(2des V, a4)

Alors que le mouvement qui donnera naissance à la devotio moderna (née et développée chez les femmes pieuses du Nord), sera essentiellement individualiste, Julienne ramène tout à la messe, acte communautaire par excellence.

Elle y fait allusion tout au long de l’office, en sorte qu’on peut considérer que le mémorial de la Passion est pour elle le fondement du culte de la Présence .


"Vrai Dieu et vrai homme, le Christ ne fut qu’une fois suspendu à la croix, s’offrant au Père comme victime dans un sacrifice qui assurait pleinement notre rédemption. Cependant il continue à nous sauver par le mystère de la messe d’une manière permanente, quoique invisible, non pas qu’il y soit en état de souffrance, mais parce qu’il y est représenté comme s’il souffrait.


(2e Noct, a3)

 Saint Thomas d’AQUIN et la Présence Réelle

Saint Thomas dit que la présence du Christ en l’eucharistie n’est pas une présence locale. Il nie même qu’il puisse y avoir du sang de Jésus dans l’eucharistie. La présence réelle n’est pas une présence locale qui soit physiquement accessible.

Pour saint Thomas, le corps du Christ ne peut être atteint par aucun instrument même sacrilège et la présence du Christ ne peut apparaître dans l’hostie.

Toujours selon saint Thomas, la présence eucharistique n’est pas locale, ni sensorielle, les sens ne peuvent l’atteindre. La vue, le toucher, le goût se trompent quand ils croient l’atteindre. C’est seulement par l’ouïe qu’il peut être entendu et cru ! Les espèces sont sensibles, le Christ ne l’est pas.

 Maurice ZUNDEL

Présence et Sacrement

Si on met un livre sur la table, le livre contient bien le savoir, mais le savoir n’est pas sur la table, et il faut que nous assimilions le savoir, et le livre est le sacrement du savoir lorsque tout notre être s’ouvre à lui.

De même, lorsqu’on reçoit la lettre d’un ami, on peut mettre la lettre dans sa poche mais on ne peut pas y mette la pensée de l’ami. C’est notre pensée et notre coeur qui assimilent le contenu de la lettre : la lettre est le sacrement de la pensée, et de l’amitié ou de l’amour de l’ami.

De la même façon, on ne met pas le Christ dans notre bouche quand nous communions. La manducation est le sacrement de notre assimilation spirituelle au Christ qui veut s’accomplir par elle.

Sans amour il ne peut y avoir de consécration valide ; pour que la consécration soit valide, il faut qu’il y ait un appel venant du coeur de la communauté et, s’il n’y avait plus d’amour, il n’y aurait plus d’Église. La consécration suppose la communauté qui se donne en échange d’amour. Tous les sacrements ont un horizon communautaire avec un appel universel, et nous ne devons pas faire de Dieu une idole : s’il n’y avait plus une intention d’amour dans le sacrement, il n’y aurait plus qu’une épouvantable magie !

Notre intimité avec Dieu ne peut se constituer que par une présence à un Dieu sans limites et sans frontières.

(Un autre regard sur l’eucharistie, p46)
Présence et Divinisation

Il faut être attentif à la présence de Dieu en nous et dans les autres, en nous et en toute créature, et être attentifs à cette présence, c’est entrer dans le silence intérieur, c’est vivre à ce niveau profond où le dialogue avec Dieu devient continu, et c’est cela le coeur de la prière.

Il y a une prière sur la vie parce que la vie est la suprême richesse qui contient déjà l’éternité. La vie est porteuse de Dieu puisque le vivant est appelé à devenir le berceau de Dieu. La vie est investie d’une maternité divine puisque c’est à travers nous que Dieu veut être un événement de l’histoire d’aujourd’hui.

L’attention à la présence de Dieu est la plus profonde prière, il s’agit toujours finalement d’un don de nous mêmes. Tous les sacrements veulent nous conduire à l’attention à cette présence. Et l’eucharistie, le sacrement des sacrements, a pour destinée ultime d’être en nous le ferment de notre divinisation.

(Un autre regard sur l’eucharistie, p207)

 Prière de Saint Augustin

O mon Dieu,
tu as ébloui
mon faible regard
de ton puissant rayonnement,
et je frissonnais
d’amour et d’effroi.
J’ai découvert combien loin
j’étais de toi
dans le pays de l’exil
et de la dissemblance.
Et j’entendais ta voix :
Je suis la nourriture des forts,
grandis et tu me mangeras.
Tu ne me changeras pas en toi,
c’est toi qui sera changé en moi.
Mais où trouver la force
pour vivre un avec toi ?
J’ai embrassé le médiateur
entre Dieu et les hommes,
Jésus-Christ
au-dessus de tout
Dieu éternellement béni.
Tous, il appelle !
"Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie."
Incapable, ma chair, de s’unir à toi,
tu t’es donc fait notre chair
et notre nourriture.
Bien tard je t’ai aimée,
Beauté toute ancienne et toute nouvelle.
Tu étais au-dedans de moi
et je te cherchais au-dehors.
Tu étais avec moi,
moi, je n’étais pas avec toi.

Tu as répandu ton parfum,
je l’ai respiré
et soupire maintenant vers toi.
Sagesse, je t’ai goûtée.
Faim et soif de toi me consument !
Tu m’as touché,
j’ai brûlé,
envahi par la paix qui est en toi.

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